« 10 % à 15 % des écarts de résultats constatés en fin d’année entre élèves s’expliquent par l’enseignant auquel l’enfant a été confié. Depuis quatre décennies, un ensemble de recherches menées dans le domaine de l’éducation a pu confirmer l’intuition de nombreux parents : les progrès de leurs enfants dépendent de manière significative du talent et des compétences de leurs professeurs. »

Le Centre d’analyse stratégique vient de publier sa note d’analyse n°232 « Que disent les recherches sur l’“effet enseignant” ? »

On y apprend entre autres que :

  • l’ampleur de « l’effet enseignant » est supérieure à celle de « l’effet établissement » : le professeur a davantage de poids sur la progression des élèves au cours d’une année donnée que l’établissement dans lequel ces derniers sont scolarisés ;
  • la portée d’une augmentation de l’efficacité pédagogique d’un enseignant est aussi potentiellement supérieure à celle d’une diminution de la taille des classes ;
  • l’effet de l’enseignant qu’a eu un élève une année donnée s’estompe assez vite une fois que l’élève change d’enseignant ; mais les impacts des enseignants successifs peuvent se cumuler.

Il est donc préférable d’investir dans le recrutement et la formation continue de ses professeurs plutôt que dans la diminution de la taille des classes ! Et du côté des parents, il vaut mieux choisir une école qui prend soin de ses professeurs qu’une qui prend surtout soin de son image.

Si on reconnaît que “l’effet enseignant” est bien réel, en déterminer les éléments objectifs n’a rien d’évident. Les rapports entre l’efficacité d’un enseignant et des facteurs comme le niveau de sa formation initiale ou son ancienneté ne sont pas directs, et de loin. Il semble que ce soit dans l’interaction avec les élèves que se joue l’essentiel des différences.

Aussi on a identifié quatre facteurs de ce qui fait un bon enseignant :

  1. Le temps réel d’enseignement. Un bon enseignant passe du temps autour du sujet enseigné. Il ne s’agit ni du temps administratif, ni de temps à faire la discipline ou à digresser.
  2. Les attentes des enseignants, leur niveau d’exigence auprès de leurs élèves. Un bon enseignant fixe des buts élevés et atteignables et ne voit pas pourquoi il se contenterait de moins.
  3. La rétroaction sans invalidation. Un bon enseignant fournit de la rétroaction affectivement neutre et laisse des possibilités de s’améliorer; il cultive le droit à l’erreur, l’esprit du jeu.
  4. La structuration du cours autour des éléments importants. Un bon enseignant définit bien les objectifs, structure les données autour des points essentiels, n’a pas peur de la redondance, fait pratiquer et utiliser les données, élabore des activités de synthèse.

Et à distance ?

Ce à quoi les étudiants sont sensibles demeure. On devrait donc pouvoir transposer ces données en éducation à distance :

  1. Un cours à distance ne digresse pas lui-même; normalement il possède des qualités pour retenir l’étudiant autour du sujet : présentation, graphisme, interactions fortes, groupe d’animation, etc. Tous les moyens sont bons pour passer du temps sur le sujet.
  2. Un cours à distance bien ciblé et qui a filtré correctement ses candidats propose des objectifs élevés mais atteignables par différents moyens. La présentation claire des objectifs et des préalables nécessaires est une clé de la satisfaction future des étudiants : les candidats sont au bon niveau pour avoir des chances de réussir.
  3. La rétroaction idéale possède des qualités de neutralité affective, celle des tuteurs aussi bien que celle des messages automatiques. Il existe des délais optimaux de rétroaction selon le genre de rétroactions et le média. La plupart des institutions essaient d’optimiser leurs délais de rétroaction tout comme celle des systèmes programmés. On trouve des rétroactions basées sur la comparaison avec l’idéal, d’autres basées sur des variables numériques (fréquence, durée, essais/erreurs) et enfin d’autres basées sur la comparaison avec les autres (au dessus ou au dessous de la moyenne d’un groupe); toutes peuvent être «objectivées», sans jugement.
  4. La structuration d’un cours à distance est intrinsèque au cours à distance : en principe le cours se suffit à lui-même : contenu, références, glossaire, exercices, activités, etc.. Là réside l’art et la science du concepteur et, à défaut, il pourra toujours l’améliorer cycle après cycle, pour peu que l’on ait prévu les modalités de modification et de rétroaction des usagers.

En somme, si le professeur a un effet observé sur les performances d’une classe, on peut supposer que ce qui le remplace dans un cours à distance, la structure, les outils du cours et les tuteurs, obéit aux mêmes principes.