Les capacités d’attention des étudiants face à un enseignant leur dispensant un cours magistral semblent se réduire comme peau de chagrin. Certains enseignants estiment que les cours de deux heures ou d’une heure trente devraient être réduits à 50 minutes, compte-tenu du fait que les étudiants ne peuvent de toutes façons pas maintenir leur attention plus longtemps.

Mais d’autres prennent le problème autrement : puisque les étudiants ne nous écoutent pas, proposons-leur autre chose. Et, en particulier, utilisons les objets technologiques dont les jeunes sont friands. Par exemple, le professeur Bill White de la Northwestern University de l’Illinois, a eu la réflexion suivante : Les étudiants aiment les boutons et l’informatique ? Alors, il faut leur en donner davantage !

Ramener l’attention à la télécommande

L’expérience de M. White fut rapportée initialement dans le New York Times et sur un blogue du quotidien Le Devoir, qui rendirent compte de l’utilisation de télécommandes dans ses cours pour faire participer ses apprenants et capter leur intérêt. M. White n’est pas l’inventeur de ce procédé (bien qu’il fut un des premiers à l’employer il y a six ans de cela), mais il fait partie de ce groupe de plus en plus nombreux d’enseignants de facultés américaines à succomber au processus. En fait, plus de 36 professeurs de la Northwestern University se sont tournés vers cette nouvelle façon de motiver les étudiants.

Ce qu’on appelle des clickers aux États-Unis est, comme on l’explique ici, un mélange entre une télécommande et une calculatrice (voir l’image). C’est la version légèrement plus élaborée du boîtier de vote déjà largement utilisé dans les universités européennes. Chaque boîtier a une fréquence unique et l’étudiant peut par conséquent se servir du clavier numérique pour répondre à des questionnaires à choix multiples. Les données sont compilées dans l’ordinateur de l’enseignant qui peut alors les montrer sous forme de différents graphiques ou tableaux.

Dans la classe de Bill White, à chaque cours, les étudiants sont soumis à un questionnaire de ce genre et leurs réponses accumulées comptent pour 20% de la note finale. Leur participation est donc cruciale, mais elle va bien au-delà d’une simple façon d’évaluer leurs connaissances ou de conserver leur attention. En fait, comme l’affirmera l’enseignant, il se passe rarement plus de quinze minutes entre chaque utilisation de la télécommande. Les apprenants peuvent alors afficher leurs réflexions à la suite de questions posées par l’enseignant, manifester leur incompréhension, etc.

Une méthode de rétroaction qui est non seulement utilisée à la Northwestern University, mais également au Boston College, à l’Université de l’Arizona, à l’Université Vanderbilt ou même à Harvard. Évidemment, qui dit nouvelle façon d’évaluer ou d’enseigner signifie aussi pour certains étudiants des nouvelles opportunités de tricher ou de tout simplement de sécher les cours. En effet, Noshir Contractor de la Northwestern University affirme qu’au début de l’usage de clickers dans sa classe au printemps 2008, des étudiants se retrouvaient avec cinq télécommandes devant eux, répondant pour les absents alors que ceux-ci se trouvaient à l’extérieur de la faculté. Néanmoins, la mise en place d’un code d’honneur signé par les étudiants stoppa ces dérives.

La technologie étant récente, peu d’études se sont intéressées encore aux conséquences de celle-ci sur les apprenants. Cependant, des recherches préliminaires de la Ohio State University de Harvard laissent penser que les enseignants se servant des machines déjà fréquemment utilisées par les élèves (exemples: leur téléphone portable, leur iPad ou BlackBerry) ont plus de chance de voir leur cours compris que ceux qui s’obstinent à délivrer des cours magistraux.

Malgré le peu de données empiriques sur le sujet, les clickers commencent à se multiplier sur sol américain non seulement au niveau universitaire, mais également dans les écoles secondaires et les réunions professionnelles. Les clickers se vendant entre 30 et 70$ US, plusieurs institutions scolaires proposent aux étudiants de les acheter ou de les louer.

Évidemment, les clickers ne sont pas une panacée pour captiver l’auditoire. Bill White confirmera qu’il use de plusieurs autres procédés, technologiques ou non, pour y parvenir. Mais il insiste sur le fait que les petits boîtiers permettent aux étudiants timides de participer, bien plus que s’ils devaient prendre la parloe devant le groupe.

Un clic pour que toute la classe participe ? Pourquoi pas ?

« More Professors Give Out Hand-Held Devices to Monitor Students and Engage Them« , Jacques Steinberg, The New York Times, 15 novembre 2010

« Éducation: le gadget qui va tuer les textos en classe« , Fabien Deglise, Le Devoir, 16 novembre 2010