Gaétan Ruel, étudiant à la maîtrise en formation à distance proposée par la célèbre TELUQ publie dans le numéro 1 du volume 12 de la revue DistanceS, un article intéressant sur la « Persistance scolaire en formation à distance ». D’emblée, il faut signaler que cet article porte exclusivement sur la persistance dans les études universitaires à distance.

« La persistance dans les études universitaires est plutôt simple à mesurer ; une inscription mène soit à un diplôme, soit à un abandon. Mais pourquoi certains persévèrent et d’autres abandonnent ? Et surtout, comment inférer sur cette réalité et ainsi adapter ses modèles ? Voilà le problème de fond. »

La motivation comme source de la persistance

Il n’est de secret pour personne que l’abandon est un phénomène d’une grande ampleur dans les dispositifs de formation à distance même si, au final, on en parle peu. Pour sauver l’honneur, peut-être. Mais surtout pour se valoriser, l’emphase est mise sur la satisfaction des diplômés. Le problème de fond soulevé dans ledit article trouve une amorce de solution.

Selon Ruel, « La persistance scolaire dépend fortement du niveau de motivation des apprenants. Ensuite, (que) cette motivation, en FAD, peut être favorisée par développement de l’autonomie qui s’acquiert par la réflexion métacognitive. En somme donc, pour favoriser la persistance scolaire en FAD, une stratégie à mettre en place est celle de la réflexion. Réflexion sur le contenu, réflexion sur la démarche, réflexion sur soi ». Il rejoint là nombre d’auteurs qui affirment que la persistance est la première conséquence de la motivation. Ce qui conduit alors à identifier les sources de démotivation, cette dernière pouvant déboucher sur un abandon de la formation.

Un lien étroit entre niveau d’autonomie dans l’apprentissage, responsabilisation, motivation et persistance

Gaétan Ruel cite alors plusieurs auteurs qui ont travaillé sur le sujet de la motivation scolaire. L’un voit dans le comportement de l’étudiant le résultat d’un « conflit entre l’espoir de réussir et la peur d’échouer ». Quand la seconde prend le pas sur le premier, il y a démotivation. Un autre creuse la question en affirmant qu’il est important que l’étudiant renforce son sentiment de responsabilité dans la conduite de la formation, qu’il se sente directement responsable de sa réussite – ou de son échec. Cette responsabilisation passe, en FAD, par une importante autonomie accordée à l’étudiant et à la perception que ce dernier doit en avoir. Favoriser et accompagner l’autonomie de l’apprenant revient donc à le responsabiliser, ce qui est source de motivation et donc de persistance.

Pour que ce sentiment de responsabilité soit porteur de motivation, il doit être conscient et appuyé sur des dispositifs adéquats. Il faut donc, selon l’auteur, favoriser la formulation par les étudiants de leur degré d’autonomie et de responsabilité, tout en élaborant des dispositifs de FAD qui ne reproduisent pas les dispositifs en présence mais au contraire ajoutent cette importante variable de l’autonomisation nécessaire de l’apprenant. Accorder une maîtrise de son temps de travail, réserver des espaces à la parole privée entre apprenants, concevoir des ensembles de tâches riches permettant de faire des choix, sont autant de stratégies d’autonomisation bien connues par les concepteurs de FAD que Ruel aurait pu mentionner.

Ruel accorde ensuite une attention particulière à la métacognition, à l’apprendre à apprendre qui semble une voie intéressante de responsabilisation. Il ignore en cela les critiques portées contre « la pensée magique de la métacognition »  à l’oeuvre dans le champ éducatif. Mais on retiendra qu’il encourage toutes les stratégies qui permettent à l’apprenant de se sentir conscient et responsable de ses apprentissages, qui permettent de passer d’un « pouvoir sur les apprentissages » à « un pouvoir sur soi ».

De la lecture de cet article, on tirera un message adressé aux concepteurs et tuteurs de formation à distance : laissez les apprenants construire le sens de leurs apprentissage et leur sentiment de responsabilité, à travers des dispositifs peu directifs mais exigeants, et soutenez l’apprenant dans ses moments de découragement par un questionnement bienveillant sur ce même sentiment de responsabilité.

http://cursus.edu/dossiers-articles/dossiers/81/motives/articles/8090/sentiment-responsabilite-pour-motiver-les-etudiants/