Les anglais disent : « An apple a day keeps the doctor away ». Pour l’apprentissage des langues, on pourrait décliner le proverbe en « 10 mots par jour et pas de professeur alentour ».

L’auto-apprentissage comme l’auto-médication se passent des intermédiaires et trouvent souvent en des conseils de bons sens la formule magique qui surmonte les difficultés. Le professeur intermédiaire est ici associé à la classe, au système scolaire synonyme dans la plupart des discours sur l’apprentissage des langues aujourd’hui de l’échec, du moins en France. Comme l’auteur de ce blog Astuces langues le constate, ce qui fait problème, c’est : « le système scolaire français et notre manière d’enseigner les langues. Ce système n’est pas moyen, ni médiocre, non, il est complètement naze ».

Passé ce jugement sévère sur la crise de l’enseignement public, sur son inadaptation au monde d’aujourd’hui, les alternatives proposées sont-elles vraiment si éloignées des solutions miracles des sites de charlatans ?

Apprendre sans effort est un nouveau mirage empruntant à la technologie qui prend parfois des apparences moins parodiques que ce document. On a tous rencontré un logiciel ou un site révolutionnaire qui nous transforme en quelques semaines en locuteur de japonais, sans véritable travail. Plus sérieusement, si on connaissait les moyens de diminuer notablement l’effort nécessaire à l’apprentissage d’une langue  (en termes de temps, de répétition fastidieuse, de mémorisation),  l’UNESCO les aurait déjà largement diffusés en livre blanc ! Il est une part incompressible apparemment qui n’appartient qu’à chacun, sa part d’action à porter dans l’apprentissage de ce qu’il a choisi d’apprendre ou, plus compliqué, de ce que l’école ou l’institution lui demande d’apprendre.

En revanche, il y a de nombreuse façons de faire passer la pilule de l’effort nécessaire à l’acquisition d’un langue :

Diminuer la grosseur de la pilule : abaisser les niveaux d’exigence de maitrise d’une langue

Pour échanger, communiquer avec quelqu’un, il suffit de le comprendre et c’est sur ce constat que s’appuient des approches d’intercompréhension des langues.

« Une Europe de polyglottes n’est pas une Europe de personnes qui parlent couramment beaucoup de langues, mais, dans la meilleure des hypothèses, de personnes qui peuvent se rencontrer en parlant chacune sa propre langue et en comprenant celle de l’autre, mais qui, ne sachant pourtant pas parler celle-ci de façon courante, en la comprenant, même péniblement, comprendraient le « génie », l’univers culturel que chacun exprime en parlant la langue de ses ancêtres et de sa tradition. »

Umberto Eco, « La recherche de la langue parfaite dans la culture européenne »

L’intercompréhension se concentre sur la réception (lire, écouter) et les stratégies d’apprentissages dans le cadre de la compréhension orale sont moins coûteuses pour la cognition que les stratégies engagées dans la production, surtout lorsque, comme en France, le niveau de correction demandé par l’école est élevée (hyper correction).
Démarche louable qui gagnerait à enrichir l’enseignement traditionnel, l’intercompréhension serait « un marchepied pour rentrer dans la langue et à plus long terme donner l’envie et le goût d’apprendre ».

Reste que pour étudier une langue non romane et aborder ce fameux japonais, il me faudra un solide élan pour pratiquer le grand écart entre les sons, l’alphabet, la structure de la langue, la culture, les statégies que j’aurais acquises risquant de ne m’être d’aucun secours. L’intercompréhension d’autre part, si elle encourage et donne confiance, laisse encore plus fragile et sans moyens par rapport à la production orale et écrite.

Donner un goût sucré à la pilule : recréer les conditions de l’immersion

Sans habiter à l’étranger ou partir à grand frais dans des stages linguistiques dont l’efficacité reste à démontrer, sans« coach surfing » qui demande temps et goût de l’aventure, on peut avec internet « faire comme si » et profiter d’environnements linguistiques englobants. Mais comment s’organiser, capitaliser les connaissances acquises, comment s’appuyer sur des échanges pour progresser ? Un grand nombre de sites d’apprentissage mutuels comme Live Mocha , Busuu par la puissance de leurs réseaux donnent cette impression d’être entouré par des natifs qui sont prêts à corriger vos erreurs, à échanger dans leurs langues, à encourager vos productions. Il semble cependant que le plaisir de rentrer facilement en contact, d’échanger sur des exercices basiques s’émousse après le temps de la découverte et qu’il faille davantage pour fidéliser une communauté, même si le principe de mise en relation directe reste le un moteur de motivation en langues fondamental. Dans ces dispositifs, tout est mis à disposition pour inciter à poursuivre son apprentissage mais rien ne nous y oblige : aucun face à face un peu exigeant, aucun rappel à heure fixe, aucune date limite. Contrairement à l’experience de l’étranger où on ne monte pas dans un train si on ne sait pas lire le panneau d’affichage, on ne boit pas d’eau fraiche si on ne sait pas dire « fraiche », on ne fait pas connaissance avec l’autre si on ne sait pas comment entrer en conversation, ces espaces ne sont pas contraignants. Et comme chacun sait après l’OULIPO, la contrainte est à la source de toutes les productions.

Fractionner la pilule en micro-doses quotidiennes

Ne pas en demander trop est parfois un bon moyen d’en obtenir assez et en langues, l’excellence est l’ennemi du bien. Une somme de petits efforts indolores sur une longue période a le mérite de faire progresser sûrement avec méthode, n’importe quel spécialiste du corps vous le dira : kinésithérapeute, professeur de yoga.

Chaque jour une petite chose : un mot, une expression, une règle. Le principe est simple et sa régularité rassure.

On rêve d’un site où le biscuit chinois enferme des messages progressivement de plus en plus sophistiqués avec à la clé, au bout de trois mois d’assiduité, une boite de biscuits.

http://cursus.edu/dossiers-articles/dossiers/81/motives/articles/17539/faire-passer-pilule-effort/