Très élitistes, les « très grandes écoles » comme HEC ou l’EM Lyon restent difficilement accessibles au commun des bacheliers. Mais des centaines d’autres ouvrent leurs portes aux bons élèves. Avec 11 ou 12 de moyenne en terminale S ou ES, il est tout à fait possible d’intégrer une classe prépa et ensuite une grande école. Avec le bac seul, vous pouvez entrer dans d’excellentes écoles postbac. Par le biais des admissions parallèles (ou « sur titre »), plus de la moitié des élèves des écoles de commerce dites « postprépa » sont passés par une licence universitaire, un DUT ou un BTS. Un vaste choix de stratégies est donc possible pour tous les profils d’élèves.

Prépa ou pas prépa : le dilemme

Pourquoi faire deux ans de prépa quand des écoles postbac, telles l’Ieseg ou l’Essca, viennent tailler des croupières aux grandes dans les différents classements publiés par la presse, tout en délivrant le grade de master ? Pourquoi ne pas viser déjà un premier diplôme avant de tenter un concours en admission parallèle pour intégrer une école postprépa ? Les prépas ne sont elles pas aujourd’hui trop difficiles ? Autant de questions que se posent souvent, à juste titre, les bacheliers avant de faire leur choix définitif.

Avantage à la prépa si vous voulez intégrer une « très » grande école. En première année, 100 % des reçus à HEC sortent de prépas. Mais ce n’est pas leur seul atout. « La prépa permet de se doper à la culture générale et d’avoir toute sa vie une plus grande adaptabilité, commente Bernard Belletante, président du chapitre des écoles de management au sein de la Conférence des Grandes écoles et directeur général du groupe Euromed. Ce n’est pas le bagne qu’on présente trop souvent, et la plupart des élèves gardent un excellent souvenir d’un enseignement personnalisé avec peu d’élèves dans une logique d’émulation. » Sans compter que la plupart des prépas, et notamment les plus grandes, sont gratuites.

Avez-vous le « profil » prépa ?

« Les prépas conviennent à de bons élèves qui ont de grandes capacités de travail et veulent poursuivre un cursus généraliste », explique de son côté Olivier Aptel, directeur de l’ESC Rennes School of Business, une école dont les promotions se composent à 60 % d’élèves de prépas pour 40 % d’admis sur titre, essentiellement des DUT : « Les IUT (instituts universitaires de technologie), également très sélectifs, conviendront davantage à des élèves qui ont envie de sortir d’une formation généraliste pour avoir une approche ‘terrain’. »

« Le passage en prépa développe des capacités de travail hors norme qui compensent les carences pratiques. Les diplômés des écoles postbac sont directement plus opérationnels dans l’entreprise », synthétise Guillaume Bigot, directeur de l’Ipag, une école présente à Paris et Nice qui vient d’être autorisée à remettre le grade de master.

etudiantsDes étudiants du cycle grande école de l’ESC Grenoble.

Quelle grande école choisir ?

La prépa peut néanmoins rebuter ceux qui craignent de ne pas pouvoir entrer dans l’école de leurs rêves après les concours. S’ils ont tous une place dans une grande école à la fin de leur prépa, les candidats ne savent évidemment pas d’avance laquelle ! Au total, 9 % des élèves de prépas économiques préfèrent ainsi redoubler leur deuxième année pour retenter les concours l’année suivante. « Les prépas, c’est comme dans une bouteille, les meilleurs sont bien au milieu et en sortiront facilement pour intégrer les meilleurs grandes écoles quand les autres seront toujours sur le côté et auront du mal à s’extraire du goulot. La prépa est dangereuse pour des jeunes qui n’ont pas au moins eu une mention B ou TB au bac », n’hésite pas à dire Alain Dominique Perrin président de l’EDC à Paris.

Bruno Neil, directeur général de l’EBS, une autre école parisienne en cinq ans postbac, ne va pas jusque là. Il constate que les élèves viennent dans son école « pour s’épanouir sur le plan personnel loin d’une ambiance de prépa qui semble peu adaptée à des générations actuelles qui veulent obtenir vite plus d’autonomie ».

Les atouts des écoles postbac

Les écoles postbac en quatre ou cinq ans (menant, pour les meilleures, au grade de master) correspondent à des profils qui « souhaitent déjà une professionnalisation très marquée, contrairement à des élèves de prépas qui ne savent pas encore exactement où ils veulent aller », assure encore Bernard Belletante. Car qui dit école postbac dit aussi investissement de quatre ou cinq années sans possibilité de s’arrêter en cours.

Les élèves qui choisissent ces écoles ont généralement aussi en tête de s’éloigner du modèle généraliste du lycée, avec trop de matières qui leur semblent éloignées de leur projet professionnel. « Entrer dans une école de commerce dès le bac, ce n’est pas choisir l’exact opposé de la prépa, mais un mélange entre un enseignement théorique et pratique avec, très rapidement, des stages en entreprise », explique Catherine Leblanc, la directrice de l’Essca (Paris et Angers). Cette école potsbac en cinq ans insiste sur la nécessité de conserver des enseignements de culture générale, notamment en début de cursus : « Nous devons veiller à ce que nos élèves puissent se façonner une tête bien faite pour réaliser de belles carrières », poursuit Catherine Leblanc.

esscaL’Essca est une école postbac présente à Paris et Angers.

Découvrir peu à peu ses compétences

Parce qu’ils sont très jeunes, les élèves des écoles postbac sont très encadrés en début de cursus. Un tuteur les suit même toute l’année à l’Essca. « Ils apprécient cet accompagnement et l’ambiance d’école », commente Catherine Leblanc. Autre exemple, à l’Ipag, il existe tout un processus pour aider les jeunes à découvrir peu à peu leurs compétences. « En cinq ans, le flou devient net, assure son directeur. Nous pouvons les aider à aller là où ils sont les meilleurs ! »

Une antienne qu’on retrouve également dans les écoles post prépas. Les élèves de l’ESC Grenoble commencent ainsi leur cursus par suivre des cours de théâtre pour mieux s’ouvrir au monde et intégrer un large groupe. Il s’agit alors de favoriser l’osmose entre les élèves de prépas, qui y sont largement majoritaires, et les autres.

Quant à Bruno Neil, il a initié une véritable évolution pédagogique pour mieux enseigner à la génération Y, celle du « tout digital » : « Depuis trois ans, nous avons vu arriver un nouveau type d’élèves, à la fois beaucoup plus créatifs et moins synthétiques. Nous adaptons notre enseignement pour leur proposer de plus en plus de jeux de synthèse et de projets en groupes plutôt que de simples cours. Le prof devient un coach qui les accompagne tout au long de leur parcours et les incite à être de plus en plus participatifs. Et c’est ce qu’ils demandent ! »

La piste des admissions parallèles

Au total, les deux principaux concours d’entrée en admission parallèle – Passerelle et Tremplin – proposent chaque année plus de 5 000 places. A la clé, une admission dans de très bonnes écoles, comme l’ESC Grenoble ou l’ICN Business School à Nancy-Metz. Mais si un DUT suffit pour intégrer une bonne école en première année, une licence, voire un bac+4 et plus (diplôme d’ingénieurs, première année de master, diplôme de vétérinaire) est le minimum requis pour intégrer HEC ou l’Essec.

« Qu’ils aient fait des études d’anthropologie ou un BTS opticien, tous les types d’étudiants peuvent postuler chez nous car les entreprises nous demandent de la diversité », assure Jean-François Fiorina, président du concours d’admissions parallèles Passerelle et directeur de l’ESC Grenoble où un tiers des élèves viennent des admissions parallèles. Ce que nuance un peu Olivier Aptel : « Nous privilégions d’abord les titulaires de DUT, voire de BTS, connexes au management, mais ensuite notre porte est grande ouvert à des diplômés différents comme par exemple issus de licences STAPS (sport) ».

etudiants-ecole-de-commerceLes étudiants des écoles de commerce travaillent le plus souvent dans des groupes à taille humaine (ici l’EBS, à Paris)

Après un bac +2, +3 ou +4

Les admissions sur titre ouvrent les portes des écoles à tous les niveaux des trois années du cycle grande école. « Notre programme grande école recrute après bac+2 (prépas, BTS, DUT). Mais nous avons aussi un programme pour les titulaires d’une licence, le cycle de management accéléré (CMA), et un autre pour ceux qui sont en master, le cycle en management spécialisé (CMS). Ce dernier est également ouvert à des professionnels en activité. Les deux permettent d’obtenir notre diplôme grande école », explique ainsi Anne-Marie Rouane, directrice générale de l’ISG à Paris.

Quant à Anne Stéfanini, la directrice de Novancia, née cette année de la fusion d’Advancia et Negocia à Paris, elle recrute autant ses élèves après le bac qu’après un bac+3 : « Tous les profils ont leur place chez nous, même des profils artistiques ; les oraux nous permettent de les sélectionner en fonction de l’adéquation de leur projet par rapport aux débouchés que nous visons. De même, commencer par un cursus technique avant d’embrayer sur une formation plus commerciale vous donne un double profil que les entreprises apprécient beaucoup. »

Bachelor + grande école

Les grandes écoles ne pouvant pas délivrer de licence, elles ont créé un diplôme de même niveau à la consonance toute british : le bachelor. Comme la licence, il permet d’intégrer les grandes écoles dans le cadre des admissions parallèles. Chez Novancia, il s’agit même du parcours normal avant d’intégrer le cycle master grande école. « Cela permet à nos élèves de posséder déjà un premier diplôme après trois ans d’études », confie Anne Stéfanini.

« Pour des familles qui ne savent pas si elles peuvent investir cinq ans pour un master, c’est rassurant de passer par un bachelor avant, la plupart du temps, d’enchaîner sur un master », confirme Bruno Neil, qui ouvrira en 2012 son premier bachelor. « Au total parmi les onze écoles de notre concours, 70 % des diplômés choisissent de poursuivre en master », constate Christian Chenel, délégué général du concours atout+3 ,qui regroupe les bachelors de l’EM Normandie, Novancia ou encore Grenoble EM.

S’ils portent tous le titre de bachelor, il en existe deux familles : en trois ans à l’anglaise, ou en quatre ans à l’américaine. Ils peuvent même cohabiter dans la même école, comme c’est le cas par exemple à Rouen Business School. Le BSc in International Business de l’IFI – en quatre ans – y partage ainsi l’affiche avec deux bachelors en trois ans en commerce et distribution. « L’IFI est plus international et son format en quatre ans correspond bien à ce positionnement », commente Arnaud Langlois-Meurinne, le directeur général du groupe Rouen Business School, très content de constater qu’il a « fait le plein cette année alors que tout le monde annonce le déclin du format bac+4 ».

novanciaRésultat de la fusion d’Advancia et Negocia, Novancia ouvre ses portes cette année dans des locaux neuf et rénovés au centre de Paris.

A la fin, un seul profil d’élèves

Autant de profils qui créent une diversité que tous estiment propices à la créativité. Car tous ces élèves, issus de prépas ou d’IUT, de licence ou de BTS, n’ont pas les mêmes qualités au départ. « Les élèves de prépas, qui viennent du « top 5 » des élèves de leur classe, ont de plus acquis un grand sens de l’organisation et de très fortes capacités d’engagement. A contrario, les titulaires d’un BTS ou d’un DUT possèdent une plus forte expérience professionnelle », explique Olivier Aptel.

Des profils différents qui, au fur et à mesure de leur cursus dans une grande école, finissent par se mêler au point que les entreprises ne font aujourd’hui pas la différence entre eux. Ils sont diplômés d’une grande école, et c’est ce qui leur importe. « Notre métier est de les aider à affiner peu à peu leur boussole, conclut Arnaud Langlois-Meurinne. Qu’ils soient à l’écoute d’eux-mêmes et du marché pour s’intégrer au mieux dans le monde du travail. »

Olivier Rollot

http://www.lemonde.fr/orientation-scolaire/article/2011/11/02/une-ecole-de-commerce-et-de-management-avec-ou-sans-prepa_1591817_1473696.html