Les universités passent à l’offensive en matière de formation continue. En quête de nouvelles ressources pour financer leur développement, elles tentent de se faire une place sur un marché largement dominé par les grandes écoles et les organismes spécialisés.

Après avoir longuement attendu, l’université est enfin passée à l’offensive en matière de formation continue. Avec l’arrivée de la loi relative aux libertés et responsabilités des universités, plus connue sous le sigle « LRU », la formation continue est en effet devenue une nouvelle source de revenus et une opportunité non négligeable d’augmenter les bénéfices des facultés, désormais détentrices de leurs moyens. Après avoir longuement attendu, l’université est enfin passée à l’offensive en matière de formation continue. Avec l’arrivée de la loi relative aux libertés et responsabilités des universités, plus connue sous le sigle « LRU », la formation continue est en effet devenue une nouvelle source de revenus et une opportunité non négligeable d’augmenter les bénéfices des facultés, désormais détentrices de leurs moyens. « Elle a réveillé les présidents! Ils ont découvert qu’elle était un moyen de financement, au même titre que la recherche ou les fondations », constate Jean-Marie Filloque, président du réseau des formations continues universitaires. L’autonomie accordée par la loi permet notamment de mieux moduler les emplois du temps des professeurs et, ainsi, de les rendre plus disponibles pour les programmes de formation continue. « Les enseignants peuvent enfin adapter les horaires de cours à la vie des étudiants », se félicite Catherine Bucherer-Guillermin, directrice de la formation continue à l’Université Pierre et Marie Curie (UPMC). « Reste que nous avons encore des efforts à fournir pour sensibiliser les enseignants, qui ne sont pas évalués par rapport à leurs activités en formation continue », regrette Jean-Marie Filloque, qui milite pour une meilleure intégration de cette formation dans la stratégie des établissements.

L’université ne capte que 3% des dépenses

L’université peine en effet à s’imposer face aux champions de la formation continue que sont les grandes écoles et les organismes spécialisés. « Le problème, c’est que nos puissances de feu commerciales ne sont en rien comparables à celles des écoles et des organismes de type Cegos ou Demos », regrette Françoise Daumarie, responsable de la formation continue au sein de l’université de Cergy Pontoise. Résultat: alors que la formation continue fait partie de leur mission depuis 1968, les universités n’ont réalisé qu’un chiffre d’affaires de 214 millions d’euros (+7% par rapport à 2007 tout de même) sur un marché évalué à… 6,9 milliards d’euros, selon les derniers chiffres officiels publiés par la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP)! Cette manne financière profite ainsi principalement aux organismes de formation privés, qui captent les trois-quarts du magot. De leur côté, les universités, qui ont tout de même délivré plus de 44 millions d’euros de cours, doivent se contenter d’une portion congrue, de l’ordre de 3%! Un paradoxe à l’heure où les établissements universitaires sont en quête de nouvelles ressources financières pour continuer de se développer.

Des stratégies novatrices

Il faut également noter que, sur un marché de la formation continue en progression régulière, peu d’universités ont adopté des stratégies ambitieuses et novatrices, en vue de se positionner sur ce créneau. Quelques établissements ont néanmoins tenté, en investissant des moyens conséquents. « Même si elles n’avaient pas attendu pour s’intéresser à la formation continue, nombre d’entre elles sont aujourd’hui beaucoup plus actives dans ce domaine », confirme Jean-Marie Filloque. L’Université Pierre-et-Marie-Curie (UPMC) propose ainsi des formations pointues et sur-mesure aux entreprises, qu’elle facture aux coûts réels, de l’ordre de 200 à 300 euros pour une heure d’enseignement. De son côté, Lille 1 a créé un Service universitaire de développement économique et social (Sudes), coordonnant toutes les actions en formation continue de l’université et tentant de satisfaire au mieux les attentes de formation des entreprises. Autre particularité de l’établissement: les salariés sont mélangés aux étudiants pour éviter d’attendre que le nombre minimum de participants soit atteint avant de lancer une nouvelle formation. D’autres universités n’ont pas hésité à s’associer à des organismes privés – Cegos, Demos, IFG… – pour répondre au mieux à la demande des salariés. Paris-Ouest-Nanterre s’est ainsi rapproché de l’IFG-CNOF depuis quelques années, à l’occasion du lancement de masters réservés aux professionnels désirant se perfectionner en management, en finances ou en marketing. L’université vient d’ailleurs de signer de nouveaux accords pour étendre cette offre aux ressources humaines, à la banque et à l’assurance, en plus d’un diplôme universitaire de niveau bac+3 en management d’un centre de responsabilité, toujours en partenariat avec l’IFG-CNOF. Les formations sont proposées dans une dizaine de grandes villes, avec une partie en présentiel et une autre en e-learning, permettant notamment d’économiser les déplacements des enseignants.

Trouver un positionnement original

D’autres solutions sont bien entendu possibles. Pour se démarquer de ses concurrents, l’université pourrait, par exemple, s’appuyer sur l’un de ses points forts: la formation de docteurs. « Nous disposons des meilleurs chercheurs du marché. Il serait bête de s’en priver », avance Jean-Marie Filloque. D’autant que le président du réseau des formations continues universitaires estime que la nouvelle économie mondialisée joue en la faveur de ce diplôme. « Le niveau d’ingénieur n’est pas connu à l’étranger. Si les salariés veulent être compétitifs à l’international, ils doivent viser le doctorat ». « Encore faut-il savoir se vendre », avertit, de son côté, Françoise Daumarie, qui prévient « qu’il va falloir un gros effort de marketing pour nos docteurs ». La responsable de la formation continue avance une autre piste possible pour que les universités percent sur ce marché: les diplômes à bac+1 et bac+2. « Les banques sont très demandeuses de ces profils, par exemple, pour les postes de chargés de clientèle, notamment. Car, contrairement aux clichés, les universités sont aussi bonnes en gestion et en finance que les grandes écoles », affirme-t-elle. Bref, il ne devrait pas être bien difficile pour les universités de mieux faire en matière de « formation tout au long de la vie »…

Quand les entreprises financent la formation continue universitaire

La participation financière des entreprises n’a cessé d’augmenter de 2003 à 2008, révèle ainsi la dernière note de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP). « En 2008, près de la moitié des 214 millions d’euros qui financent la formation continue universitaire provient des entreprises et des organismes paritaires collecteurs agréés (OPCA) », explique Joëlle Grille, auteur du document d’information. La part de financement des entreprises est ainsi passée de 38% en 2003 à 46% en 2008. Les fonds publics en forte diminution A contrario, « la part des fonds publics a fondu entre 2003 et 2008, pour ne représenter plus qu’un quart des fonds, contre un tiers en 2003 », constate Joëlle Grille. Les diminutions les plus significatives concernent les fonds européens et ceux de l’Etat, destinés à des publics spécifiques. A noter enfin que 26 % des financements émanent de particuliers, qui ne sont pas soutenus par leurs employeurs ou par des fonds publics. Un public auquel les universités ne « facturent » pas toujours les frais réels de formations dispensées à perte…

Julien Pompey, Le GREP