A l’occasion des dix ans des CEP (Conventions éducation prioritaire), l’IEP parisien a tiré le bilan de l’insertion professionnelle des étudiants passés par cette voie d’entrée spéciale, destinée aux lycéens d’établissements défavorisés partenaires de l’institut. Résultat : ce sont des diplômés comme les autres. Ou presque.

Des diplômés plus nombreux dans le secteur privé

Qu’il s’agisse de la rapidité d’insertion dans le monde de travail ou la qualité du type de contrat obtenu, le parcours est le même. « La vraie différence porte sur le lieu d’insertion », note Vincent Tiberj, chercheur qui a réalisé l’étude sur cinq promotions (176 diplômés entrés par les CEP). Ces diplômés sont en effet plus nombreux à rejoindre le secteur privé. Seuls 10% s’insèrent dans la fonction publique, contre 26% pour l’ensemble des jeunes diplômés (2009). Le risque que représente la préparation des concours de la fonction publique, et l’année supplémentaire d’étude souvent nécessaire, peuvent expliquer ce moindre choix du public.

Seconde différence : le salaire. Et contrairement à ce qui pouvait être attendu, ce sont les diplômés passés par les CEP qui décrochent… le meilleur salaire (2500€ contre 2200€ – salaire mensuel net médian). Attention, une nuance important à ce chiffre : une part des diplômés passés par les CEP sont depuis plus longtemps dans le monde du travail -donc souvent un meilleur salaire- que les autres diplômés (2009), auxquels ils sont comparés.

Une démocratisation limitée du recrutement des étudiants de l’institut

Autre question posée par l’enquête : le recrutement de l’IEP parisien a-t-il réellement été démocratisé grâce à cette voie d’entrée supplémentaire ? La réponse est double. Certes, les conventions ont participé à un mouvement d’ouverture de l’IEP aux profils défavorisés, inversant la tendance qui était à un recrutement de plus en plus élitiste socialement. Egalement grâce aux bourses qu’offre l’institut aux étudiants défavorisés. Le pourcentage de boursiers de l’établissement est ainsi passé de 6% à 26 % en 10 ans. Et les CEP sont bien la voie d’admission la plus ouverte socialement : 24% des admis par cette voie sont des enfants d’ouvriers, 20% des enfants d’employés, contre au maximum respectivement 6% et 15% pour les autres voies d’admission.

Néanmoins, les étudiants de Sciences po restent très majoritairement issus des milieux sociaux les plus favorisés (68% des étudiants inscrits en 2010-2011). La voie d’entrée CEP n’a pas suffit à modifier profondément le profil des étudiants, même si les lycéens recrutés via les CEP représentent désormais 10% d’une promo. Le profil des candidats très « upper class », ou encore le caractère discriminant socialement du concours, restent des biais sociaux pour l’instant insurmontables.