Sciences Po, c’est un rêve. Un rêve qui se paie cher. Le mercredi ou le samedi, Pierre (qui n’a pas souhaité donner son nom de famille), en terminale dans un grand lycée parisien, enchaîne ses cours avec la prépa. Pour offrir à leur fils une chance supplémentaire d’intégrer un Institut d’études politiques, ses parents ont déboursé 2000 euros. Parce que Pierre a de l’ambition. « Je voudrais faire l’IEP de Paris. Dans ma classe, précise Pierre, on est huit à suivre une prépa privée, sans compter tous ceux qui présenteront Sciences Po sans. » Des candidats comme Pierre, la petite douzaine de classes préparatoires privées ou de prépas à distance en accueille des centaines à cette rentrée.

Pourquoi un tel investissement pour pouvoir rejoindre la rue Saint-Guillaume, à Paris, ou l’un des huit Instituts d’études politiques (IEP) qui se trouvent en région? « Pour la renommée, le prestige. Et puis, ces études sont hyper-généralistes », précise le lycéen. Pour sa mère, passée par l’IEP de Paris dans les années 1980, « il est devenu aujourd’hui quasi impossible d’entrer à Sciences Po. Quand je vois ce qu’il faut faire pour passer l’examen, c’est de la pure folie ! » En juin 2012, ils seront au total près de 35 000 bacheliers à se presser aux concours et aux différentes voies d’accès qui mènent aux 3 500 places des neuf IEP. Alors évidemment, réussir devient de plus en plus difficile.

La barre d’admission à franchir au concours commun à six IEP ne cesse de monter depuis quatre ans et le lancement de ce dispositif (Bordeaux, Grenoble et Paris gardent leurs épreuves). Même une mention très bien au bac ne garantit plus une entrée! « Pour 18 places réservées à ces mentions, nous avons eu 600 demandes en cinq jours, cet été, à Sciences Po Rennes », relève Patrick Le Floch, son directeur.

« A Lille, notre double diplôme avec l’université du Kent attire à lui seul 500 candidats pour 35 places », constate Pierre Mathiot, le directeur de Sciences Po Lille. « Depuis quelques années, nous remarquons une forte augmentation des candidats aux IEP ». « Aujourd’hui, ils sont plus de 10 000 à se présenter au concours commun pour un millier de places », reprend M. Le Floch.

A Sciences Po Bordeaux, qui a donc décidé de faire concours à part pour conserver deux niveaux d’entrée (à bac et à bac +1), « le taux de réussite est d’environ 5 % après le bac et de 7 % pour les bac +1 », indique Vincent Hoffmann-Martinot, son directeur. Pis, l’augmentation des places offertes n’y a rien fait. Le triplement des effectifs en première année à Paris n’a pas entraîné de hausse du taux de réussite, qui reste autour de 5 %.

Mais comment justifier un tel engouement? « Faire Sciences Po permet d’éviter la fac, qui fait encore peur même si elle offre de nouveaux cursus très attractifs, ou une prépa, très difficile », relève Quentin Ariès, modérateur du forum « Sciences Po » de l’Observatoire Boivigny, un site Internet d’information sur l’enseignement supérieur. « Il existe également une sorte de mythe Sciences Po », poursuit-il.

Pour Patrick Le Floch, il n’y a pas de mystère. « Les IEP sont l’équivalent des écoles d’ingénieurs pour les sciences sociales. De fait, on peut s’engager dans cette formation pluridisciplinaire sans savoir vraiment ce que l’on veut faire », ajoute-t-il. La formation Sciences Po est « un système intermédiaire entre la grande école et l’université, avec un premier cycle très varié et une logique de lycée, grâce à des “conférences de méthode” organisées en petites classes », considère Sylvain Schirmann, le directeur de Sciences Po Strasbourg.