En France, état jacobin très centralisé, c’est le Ministère de l’éducation nationale qui a la haute main sur les programmes scolaires, que les enseignants de tous les établissements français sur le territoire national et de par le monde se doivent d’appliquer sans rien y changer.

Créer son propre manuel scolaire : trop facile

Il y a quelques temps, nous avons salué l’initiative d’un enseignant en Sciences et Vie de la Terre qui, insatisfait des manuels proposés dans sa discipline, avait décidé de créer le sien et de l’offrir, par la même occasion, à tous ceux qui ne disposent pas de manuels à jour dans leurs pays, en Afrique notamment.

Puis sont venus les manuels de mathématiques créés par les membres de Sésamath, manuels libres et bâtis par une foule de bénévoles, ces derniers proposant surtout une manière alternative de créer les manuels et les activités pédagogiques d’apprentissage, sans remettre en cause les programmes.

Aujourd’hui, c’est l’association des professeurs de Sciences Économiques et Sociales (APSES) qui propose son manuel alternatif de SES pour la classe de première (avant-dernière année du secondaire), intitulé SESâme. Mais cette association le fait dans une ambiance conflictuelle, pour protester contre le nouveau programme de la classe de première dans cette discipline.

Un programme officiel qui favorise la transmission frontale des connaissances

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce nouveau programme, dévoilé dans le courant de l’année 2011 pour une application à la rentrée de septembre, n’a pas soulevé l’enthousiasme des enseignants. Trop copieux, il incite à la transmission frontale des connaissances, puisque le temps nécessaire à l’organisation d’activités pédagogiques manquera. Là se situait le principal grief des enseignants de SES, qui estimaient en outre avoir été écartés de la refonte du programme et donc de n’avoir pu faire entendre leur voix lorsqu’il en était encore temps.

On peut voir la fronde s’exercer à un autre niveau : sur les contenus eux-mêmes. En France, les Sciences Economiques et Sociales constituent en effet la discipline la plus en prise avec l’actualité et la gouvernance des états, notamment avec leur politique économique. Or, le climat est tendu actuellement entre les enseignants, leur Ministère de tutelle et le pouvoir politique en place. L’initiative prise par l’APSES ne peut être détachée de ce contexte.

Un programme simplifié laissant plus de place à l’élève et tirant le meilleur profit du numérique

Les voici donc qui proposent SESâme à leurs collègues, aux parents d’élèves et aux simples curieux. On passera sur la référence à l’âme, tirée du vocabulaire religieux, pour se concentrer sur les contenus. À la place de la bonne trentaine (1) de chapitres répartis en 3 grandes sections du programme officiel, en voici 15, eux aussi répartis en 3 sections. On comprend aisément à la lecture des titres de chapitres, que les enseignements sont proches dans leurs grandes thématiques, même s’ils sont évidemment moins détaillés dans le programme de SESâme. La suite est encore plus intéressante : là où le programme officiel indique des éléments précis à enseigner (transmettre) aux élèves avec un emploi systématique du futur dans les « indications complémentaires », SESâme pose des questions. Et voilà qu’apparaît la différence d’approche pédagogique, qui est d’ailleurs fort bien expliquée dans la page « La démarche de SESâme« . Il s’agit d’introduire de grandes notions auprès des élèves, et de les laisser construire la connaissance, en s’appuyant sur des exemples bien concrets qui, dans la sphère économique, ne manquent pas en ce moment.

Le choix du manuel numérique apparaît comme absolument pertinent. Même si les contenus sont loin d’être tous en ligne à l’heure qu’il est, on trouve dans SESâme une foule de ressources complémentaires fort intéressantes : des entretiens avec des économistes, des liens vers une multitude de blogs, plusieurs lexiques… Il est possible de s’abonner à une newsletter pour être tenu au courant de l’intégration de nouvelles ressources et recevoir quelques informations économiques bien choisies, qui montrent clairement de quel côté bat le cœur des concepteurs du manuel. Quelle rupture avec les manuels papier qui, en dépit des innombrables photos qui les égaient, ne parviennent pas transcrire le dynamisme des Sciences économiques et sociales, clés essentielles de la compréhension de nos sociétés !

SESâme est actuellement une maison à laquelle il manque pas mal de portes et de fenêtres. Mais la charpente est solide. Souhaitons que l’édifice soit achevé dans le temps imparti et qu’il se modifie au fil du temps, comme le permettent les outils numériques. On regrettera seulement que les ressources originales qui composent le manuel SESâme ne soient pas placées sous licence libre. Mais ce manque peut vite être comblé.

http://cursus.edu/dossiers-articles/articles/17683/quand-les-enseignants-creent-leur-propre/