Sous le titre « la course d’orientation des jeunes ruraux », le centre d’Étude et de Recherche sur les Qualifications (CEREQ) met en lumière les difficultés des jeunes issus de la « ruralité » à s’orienter et à faire des études longues.

La question du territoire et de ses interactions avec les parcours éducatifs des jeunes est souvent abordée du point de vue des quartiers défavorisés des grands ensembles urbains. L’analyse des scolarités dans les territoires ruraux est plus discrète, même si elle a donné lieu à un ensemble de travaux déjà conséquents. Les chercheurs du centre associé du Céreq à Caen ont mené l’enquête auprès des jeunes de la région  de Basse Normandie.

Cette région illustre bien la ruralité. En effet, si 2,2 % des bacheliers français sont enfants d’agriculteurs, ils sont trois fois plus nombreux en Basse-Normandie (6,5 %), où, au sein de l’espace rural, cette proportion atteint même 13 %. Les choix faits après la classe de troisième marquent profondément les parcours d’études. La Basse-Normandie est l’une des régions où le taux d’entrée en second cycle professionnel est le plus élevé : 43 % (dont 11 % en apprentissage) contre 38 % sur la France entière (dont 8 % en apprentissage). La filière technologique présente également un fort attrait. Les chances d’accès au baccalauréat, tout particulièrement dans les séries générales, en sont donc réduites. Les poursuites d’études post-bac sont également moins fréquentes en Basse-Normandie qu’au niveau national, différence accentuée dans les territoires ruraux. Elles se font souvent au prix de la mobilité. Pour leurs études supérieures, les jeunes bas-normands se tournent plutôt vers le Grand-Ouest, moins vers l’Île-de-France.

18% de la population

Aujourd’hui, 11 millions de Français résident en zone rurale, soit 18% de la population. La morphologie sociale de ces territoires diffère de celle des villes, avec moins de cadres, de professions intellectuelles et d’employés, mais plus d’artisans et d’ouvriers et surtout, bien sûr, beaucoup plus d’agriculteurs. Jusqu’à l’âge du lycée, la répartition des jeunes sur le territoire coïncide avec celle de leurs parents. Après 17 ans, la proportion de jeunes restés en zone rurale baisse sensiblement et atteint 12,6 % pour les 18-24 ans. Les mobilités pour études sont la règle. Avant même qu’ils ne quittent pour cela le domicile parental, la moitié des 15-17 ans doivent chaque jour accomplir en moyenne 18 km pour se rendre dans leur établissement scolaire. Les inégalités d’accès aux ressources éducatives sur le territoire sont bien connues et existent depuis longtemps : sur les 36 400 communes françaises, seules 1 400 disposent d’un établissement d’enseignement secondaire. Les formations suivies dans les établissements ruraux sont plus souvent à visée professionnelle, en particulier pour les garçons.

Des études courtes

La préférence pour les formations professionnelles courtes dans les zones rurales va de pair avec un taux moins élevé de poursuites d’études post-bac. Les jeunes ruraux ne se voient pas entreprendre des études de longue durée ; Ils se dirigent plus volontiers vers les filières technologiques courtes, DUT ou BTS (47 % contre 38 % pour les urbains). Cela se vérifie même chez les bacheliers dont le père occupe une position de cadre ou de profession intermédiaire : ceux habitant un pôle urbain vont plus souvent s’orienter vers les classes préparatoires aux grandes écoles et autres cursus sélectifs, ou sinon vers l’université, alors que les résidents de l’espace rural vont choisir les IUT.

Les jeunes sur lesquels se portent rarement les feux de l’actualité appellent une attention particulière. Les politiques en charge de la planification de l’offre de formation et de l’aménagement du territoire doivent s’attacher à répondre de façon innovante à leurs besoins d’orientation. L’économie durable ouvre peut-être, sur le long terme, de nouvelles perspectives pour ces jeunes qui, à condition de mobiliser des vecteurs de connaissance immatériels et d’élargir les voies d’accès à la qualification, peuvent être les piliers d’un nouveau développement territorial.

Auteures : Yvette Grelet, Céline Vivent – (Espaces et Sociétés (ESO), centre associé régional du Céreq pour la région Basse-Normandie)