Le délégué à l’information et à l’orientation auprès du premier ministre, Jean-Robert Pitte, en a bien conscience : « Le mot « orienter » a mauvaise presse. Il est trop souvent connoté à l’échec scolaire. On stigmatise parfois les élèves en leur disant qu’on va les « orienter ». » Et pourtant il y a bien un moment où il faut faire des choix d’avenir qui ne doivent pas se résumer à renoncer – « Je n’ai pas le niveau pour entrer en médecine mais rien d’autre ne m’intéresse » – mais plutôt à se demander : « Pourquoi voulais-je faire médecine ? Était-ce pour le côté médical uniquement ou, plus largement, pour aider les autres ? Et si c’est le cas quels autres métiers peuvent correspondre à mon attente ? »

Dès la première

S’orienter en terminale c’est évidemment indispensable mais y penser dès la première c’est mieux. « L’idéal est d’avoir fait le choix de sa filière à la fin de sa première. En terminale, il reste à trouver l’université ou l’école, à aller aux journées portes ouvertes et à préparer les dossiers. La réussite au bac est assez stressante pour ne pas y rajouter tout un processus d’orientation », remarque Michèle Dain, directrice du centre d’orientation de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris, le BIOP, qui reçoit chaque année plus de 1 000 jeunes.

Ce jour là, au lycée Maurice-Ravel à Paris, des élèves de terminale sont justement venus témoigner devant leurs camarades de première des choix qu’ils ont dû faire eux mêmes. « Nous étions très stressés lorsqu’il nous a fallu commencer à penser à nos choix sur le site admission-postbac. Mais on mûrit beaucoup en un an quand il faut faire des choix », les rassurent-ils. On mûrit parce qu’on en parle avec les autres, les parents, les profs, les conseillers d’orientation.

Bâtir un projet professionnel

« Le tout est d’avoir avoir un projet professionnel en tête. On peut en changer mais il faut en avoir un pour en discuter et voir s’il vous correspond bien », insiste Jean-Robert Pitte, également auteur de « Orientation pour tous » (François Bourin Editeur). Désolé de constater que beaucoup de filières techniques sont délaissées, il remarque « qu’on dit en France qu’il n’y a pas de « sot métier » mais force est de constater que les Français pensent au contraire qu’il y a des « sots métiers ». Or ce sont souvent des métiers qui recrutent beaucoup – plombier, hôtellerie, etc. – mais qui souffrent d’une image négative. Heureusement que les métiers de bouche sont en pleine revalorisation grâce aux émissions de télévision consacrées à la cuisine ».

Un projet professionnel c’est bien mais encore faut-il être sûr que cela soit bien le sien. Trop d’élèves suivent encore les conseils de leurs parents sans réfléchir par eux-mêmes. Or ceux-ci ont le plus souvent une vision décalée du monde du travail et des formations parce qu’ils en sont restés à leurs propres expériences.  » Le premier conseil que je donne aux parents qui ne savent pas comment aider leurs enfants à s’orienter c’est de ne plus en parler avec eux et de les laisser travailler le sujet avec des professionnels de l’orientation, explique Cathy Lemer, psychologue et coach scolaire. Les parents me remercient car ils ont enfin pu parler d’autre chose que de leur avenir ou de leurs notes avec leurs enfants. Cela évite souvent que tout le système familial explose en vol. Or se couper de sa famille est ce qui peut arriver de pire à un adolescent. »

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Ancien président de l’université Paris 4-Sorbonne, Jean-Robert Pitte est délégué à l’information et à l’orientation auprès du Premier ministre. AFP/STR

Un long processus

Pour réussir son processus d’orientation il faut commencer par faire le point sur ce qu’on sait faire, à l’école mais aussi en dehors. « Certains adorent faire du business, d’autres rendre service, remarque Michèle Dain. Ces qualités il faut les analyser et ne pas se fixer uniquement sur ses notes. Une personnalité ne se limite pas à un bulletin scolaire ! » L’orientation est alors un processus lent, itératif, dans lequel les bons élèves ne sont pas forcément si heureux. « Ce sont paradoxalement ceux qui ont le plus de mal à choisir car ils ont souvent du mal à abandonner certaines matières », remarque-t-elle.

Ensuite, il faut confronter les idées de métier qu’on a pu se faire à leur réalité. « Le problème est que les jeunes ont souvent une idée décalée des métiers. Ils imaginent par exemple que devenir journaliste c’est voyager dans le monde entier et vivre de grandes aventures, confie Cathy Lemer. Dans les faits quand ils interrogent des journalistes en activité, ils constatent vite que la nature du métier est toute autre pour la très grande majorité d’entre eux. Avant de se décider pour un avenir il faut comprendre ce que c’est qu’une vraie journée de travail dans le métier qu’on imagine faire toute sa vie ! »

Heureusement une première orientation n’est pas forcément définitive. « Je suis allée en prépa parce que j’étais une bonne élève mais, au bout d’une semaine, j’ai senti que ce n’était pas fait pour moi. J’ai eu la chance de pouvoir me réorienter », témoigne une étudiante de l’université Paris-Descartes venue au lycée Maurice-Ravel. Comme elle, cinq étudiants son venus décrire des parcours parfois chaotiques et insister sur le « droit à l’échec »: « Si une matière vous passionne, allez-y. Ce serait dommage de vous dire toute votre vie que vous n’avez pas essayé. Vous êtes jeune, qu’est-ce que c’est qu’une année de perdue dans une vie. »

Olivier Rollot

http://www.lemonde.fr/orientation-scolaire/article/2011/10/22/enseignement-superieur-les-cles-d-une-bonne-orientation_1590584_1473696.html