Pour les jeunes diplômés la rentrée s’est présentée en mode douche froide. Ils avaient en effet des raisons d’être optimistes fin juin avec un marché de l’emploi qui était bien reparti depuis le début de l’année, notamment pour les cadres. « Les candidats ont plutôt le choix aujourd’hui. Restées sur leurs habitudes de crise et vérifiant toujours autant les compétences des candidats, ce sont même souvent les entreprises qui ratent les meilleurs profils en ne se décidant pas assez vite », expliquait alors un expert du recrutement, Wilhelm Laligant, directeur général de Ranstadt Search & Selection, l’un des principaux cabinets de conseil en recrutement en France. Mais le chômage est reparti pendant l’été et nul ne sait encore comment les entreprises vont réagir aux mauvaises nouvelles qui se sont accumulées sur le front économique.

Les grandes écoles avaient retrouvé le sourire

« Après une année 2009 très délicate, nous sommes revenus au niveau de 2008, qui était lui-même excellent. » Bernard Ramanantsoa, directeur général d’HEC, était tout sourire en présentant l’enquête insertion de la Conférence des Grandes écoles portant sur l’ensemble des diplômés des grandes écoles de commerce et d’ingénieurs 2010 : un an après leur diplôme, le taux net d’emploi des diplômés 2010 était en effet en hausse de 8 % pour atteindre les 84%. « Ce sont même 80% de nos diplômés qui ont trouvé un travail dans les 2 mois », se réjouissait encore Bernard Ramanantsoa.

« Nos diplômés ont 96 % de chance de trouver un emploi dans les 1,5 mois après leur sortie de l’école », se félicitait de son côté Eric Maurincomme, directeur de l’INSA Lyon, l’une des toutes meilleures écoles d’ingénieurs françaises. Avoir une double compétence en économie-gestion, par exemple en étant passé par un mastère spécialisé, permet en plus aux ingénieurs qui le souhaitent d’intégrer des cabinets d’audit ou de conseil.

Tous les profils ont leur chance

Si les diplômés des grandes écoles ont le plus de facilités à accéder à l’emploi, tous les profils ont leurs chances. Même chez un grand du conseil. « Nous recrutons à 80 % dans les grande écoles certes mais aussi des doctorants, des diplômés de lettres, des sportifs de haut niveau, confie Jean-Marc Mickeler, responsable de la marque employeur chez le grand du conseil qu’est Deloitte. L’important est d’assembler des compétences complémentaires capables de travailler ensemble sur des projets variés et dans des environnements très divers. »

Présentant un spectre de formations et un nombre de diplômés beaucoup plus large, les universités ne peuvent pas annoncer des résultats aussi bons que ceux des grandes écoles pour tous leurs diplômés. Pour autant, le ministère de l’Enseignement supérieur a pu publier fin 2010 des taux d’insertion des diplômés de master 2007 de 91,4%, cela 30 mois après l’obtention de leur diplôme.

Reste que les universitaires sont en moyenne beaucoup moins confiants dans leur avenir professionnel que leurs camarades des grandes écoles. Selon un sondage mené par l’agence d’information professionnelle AEF avec TNS SOFRES, ils sont à 75 % convaincus qu’il leur sera difficile de trouver leur premier emploi. Un pourcentage qui tombe aux alentours de 30 % quand on interroge les élèves des grandes écoles…

Universitaires : pas de complexes !

Les recruteurs sont unanimes pour dire que les universitaires n’ont pas à rougir de leurs diplômes. Deloitte apprécie ainsi beaucoup ses jeunes recrues venues de l’université. « Ces derniers profils ont parfois l’avantage d’être plus spontanés, moins formatés que les jeunes issus d’écoles dans lesquelles on leur a appris à dire ce que l’entreprise avait envie d’entendre pour les recruter ! », assure encore Jean-Marc Mickeler.

Et il y a de la place pour tous les profils dans l’entreprise, pas seulement les diplômés en commerce-gestion ou sciences. Même les littéraires selon Bernard Deforge, professeur de lettres à l’université et associé chez un autre grand du conseil et de l’audit, PwC, qui a créé il y a maintenant 5 ans l’opération Phénix pour mettre en relation grandes entreprises et diplômés d’Ile-de-France de masters en lettres en sciences humaines : « Longtemps l’entreprise et les littéraires furent deux mondes qui s’ignoraient totalement. Aujourd’hui nos entreprises partenaires (Société Générale, Axa, Eiffage, et bien sûr PwC) veulent recruter de plus en plus de littéraires. Pas par altruisme mais simplement parce que la diversité des profils crée l’innovation ».

Apprendre à bien se vendre

Selon un autre sondage réalisé lui par l’association d’aide à l’insertion professionnelle des jeunes diplômés La Manu, trois quart des étudiants considèrent leur premier emploi comme la pierre angulaire dans la construction de leur vie professionnelle, qui doit leur permettre de naviguer tout au long d’un parcours qu’ils imaginent mouvant, fait d’expériences diverses. Ce que confirme Wilhelm Laligant : « Le premier emploi n’est pas le plus important car il est souvent dans la continuité de ses études et de son parcours familial. Même chose pour le deuxième. C’est le troisième qui compte car là on sait vraiment dans quel secteur on veut vraiment travailler ».

Quel que soit son profil, un jeune diplômé doit apprendre à bien se vendre. « Évidemment nous attendons des candidats de fortes compétences techniques que nous vérifions lors d’entretiens techniques. Mais il faut aussi nous convaincre de l’envie de nous rejoindre en démontrant ce qu’il apportera à l’entreprise », demande Mikael Butterbach, responsable coordination réseau marketing Emploi EADS et directeur du recrutement Airbus. Il s’agit en fait de savoir non seulement répondre à la question « Qu’est ce que vous savez ? » mais aussi à la question « Qu’est ce que vous savez faire ? ».

Quant à Alain Mlanao, qui dirige la société d’intérim spécialisée Walters People, il conseille avant tout à ses jeunes recrues d’être mobiles, en France et à l’étranger : « Trouver un emploi pour un jeune diplômé qualifié c’est toujours possible pour peu qu’il accepte parfois de passer par une tâche un peu moins « noble » que celle pour laquelle il s’était préparé initialement. Ensuite, il est toujours bon aujourd’hui dans une carrière professionnelle de travailler un temps à l’étranger, pour comprendre que tout le monde ne réfléchit pas comme en France. »

Des erreurs à ne pas commettre

En amont, écoles et universités s’appliquent donc à préparer leurs candidats. Spécialisé dans les ressources humaines, le groupe IGS y met une attention particulière pour tous ses étudiants. « Nous proposons tout un parcours de développement du capital humain pour apprendre à mieux se vendre et à parler de soi lors des entretiens », explique Jean-Michel Perrenot, qui dirige l’IGS à Lyon et relève que « les étudiants commencent à faire attention à ne pas poster n’importe quoi sur Facebook. Ils savent qu’il y a un risque qu’un recruteur se retrouve un jour en face d’eux passablement éméchés et que cela nuise à leur image ! »

Autre point de vigilance : le message d’absence du téléphone mobile. « Encore récemment j’ai entendu un message passablement torride d’une étudiante qui postulait pourtant avec ce numéro, s’amuse à moitié Jean-Michel Perrenot. C’est invraisemblable de ne pas se rendre compte de l’effet que cela va produire sur un recruteur. » Comme une coiffure ou une apparence négligée. « Les apprentis ont là un net avantage car ils ont l’habitude de se présenter quand les jeunes diplômés, même après des stages, restent encore un peu trop dans leur bulle », conclut Jean-Michel Perrenot. Et souvenez-vous bien : vous n’aurez jamais deux fois l’occasion de faire une bonne première impression…

Olivier Rollot

http://www.lemonde.fr/enseignement-superieur/article/2011/10/15/objectif-premier-emploi_1587576_1473692.html