Malgré des recrutements en baisse, les entreprises ont toujours de l’intérêt pour les jeunes « talents ». En effet les initiatives à destination des étudiants se multiplient. Illustration avec trois grands groupes français.

Bouygues Telecom prépare l’avenir

Ce n’est pas parce que l’on stoppe ses recrutements que l’on ne s’intéresse plus aux « talents » de demain. Comme ses confrères, Bouy­gues Telecom a pris de plein fouet l’arrivée de Free sur le marché du mobile. Il a bloqué les embauches cette année, ce qui ne l’empêche pas de préparer l’avenir. « En 2011, nous avons lancé B & You, entièrement réalisé sur le Web. Nous allons lancer la Bbox Sensation. Or nous sommes très connus des étudiants et des professionnels pour la téléphonie, beaucoup moins pour nos activités dans le digital », déclare Benoît Torloting, DG du réseau clubs Bouygues Telecom.

Le 11 avril dernier, l’opérateur recevait dans ses locaux des étudiants de Sup’Internet, l’école supérieure des métiers du Net, dont il est partenaire. Inaugurée à l’automne dernier, la nouvelle école du groupe Ionis a pour vocation de former en trois ans des diplômés qui auront à la fois une forte connaissance transversale d’Internet et une spécialité. Pendant une matinée, 10 étudiants de 1re année ont rencontré une dizaine de collaborateurs du département Internet de Bouygues Telecom: community manager, chargée de communication on line, développeur… L’objectif était de leur faire appréhender la réalité du terrain, la place du Net dans l’entreprise, d’expliquer leur rôle, leur formation, leur parcours…

Engranger des contacts

Jérémy travaille sur l’e-réputation et le Web social de l’opérateur. Il gère l’image de la marque, s’intéresse aux blogueurs influents, échange avec eux, collecte auprès des équipes internes les sujets qu’il peut leur apporter, etc. Fiona, toute jeune diplômée de l’Essec, analyse et anime des espaces clients sur le Net, Thomas travaille à la conception et la réalisation des sites…

Pour Sébastien, qui suit la spécialité Web design de Sup’Internet, une telle journée est une occasion de découvrir les locaux d’une grande entreprise, de discuter et de se projeter. Son objectif à long terme est de créer une petite entreprise. Louise a passé son bac l’année dernière et veut faire un stage dans le community management. La qualité et la précision des réponses données aux clients, le travail de veille et d’analyse du community manager l’ont impressionnée.

Les étudiants ont rendu compte de leur matinée auprès de leurs 80 camarades et glané des contacts. Deux seront en stage chez l’opérateur cet été. L’année prochaine, l’opérateur a prévu de faire visiter son «data center», digne d’un centre de contrôle d’aéroport!

Areva défend sa cote dans les écoles

Chez Areva, le temps des recrutements massifs de cadres et de jeunes diplômés est révolu. Le groupe nucléaire a décidé de couper dans ses dépenses. Le gel des embauches dans les fonctions support (finance, RH, communication…) est toujours d’actualité. Et dans les métiers techniques, le rythme des recrutements a nettement fléchi : en 2012, 400 ingénieurs et cadres – dont une centaine de débutants – devraient rejoindre les rangs de l’industriel. Des chiffres très loin des années fastes, 2004-2009.

Si le groupe continue d’entretenir des relations étroites avec les écoles d’ingénieurs plus quelques universités, en tout une cinquantaine d’établissements «cibles», la nature de ces relations a beaucoup évolué. Ayant moins de jeunes diplômés à embaucher, Areva a divisé par deux ses participations à des forums dans les écoles. Pour l’employeur, ces minisalons où il s’agit de présenter son activité et recueillir des paquets de CV sont devenus moins utiles.

En revanche, l’entreprise développe de plus en plus d’opérations de type « débat » ou « table ronde », co-organisées avec les promotions et le corps enseignant. « Les étudiants sont moins réceptifs aux présentations institutionnelles classiques, estime Nathalie Neyret, responsable campus management France. Il faut leur proposer des opérations plus proches de leurs préoccupations. Nous discutons avec eux des sujets qu’ils souhaitent aborder et, en fonction de leurs demandes, nous essayons de mettre en place un débat ou une conférence. »

Visites de sites à la hausse

Les sujets ne manquent pas. Après Fukushima, les étudiants en écoles d’ingénieurs se posent des questions sur l’avenir de la filière nucléaire, les perspectives d’emploi et la sûreté des centrales. Le besoin d’informations et de transparence est énorme. Tendance significative, « il y a une demande très forte de leur part pour découvrir nos sites, nous avons ainsi augmenté le nombre de visites », assure Nathalie Neyret qui ne décèle pas de baisse des candidatures. « Les écoles d’ingénieurs avec lesquelles nous développons des relations ne ressentent pas de désaffection des étudiants pour le nucléaire. »

Anticipant de plus grandes difficultés à trouver un premier job, les ingénieurs en herbe ont également besoin de conseils concrets. Areva organise des séances de coaching pour les aider à écrire un CV ou préparer un entretien d’embauche. Enfin, signe que l’entreprise reste malgré tout ouverte aux débutants, elle va employer cette année davantage de jeunes en apprentissage: en tout 1500, dont 500 sur des cursus bac +5. Un mode d’accès à l’emploi intéressant même si le CDI n’est pas garanti en fin de parcours.

Capgemini Consulting joue la continuité

Malgré le peu de visibilité économique dont elle dispose, la branche conseil en stratégie et transformation de Capgemini a fait le choix en début d’année de maintenir « un ratio de recrutements significatif, se félicite Franck Baillet, DRH de CapGemini Consulting, qui s’appuie sur des relations de long terme avec une vingtaine de grandes écoles de premier plan, tant d’ingénieurs que de commerce, dont nous sommes partenaires. »

Dans le détail le groupe, qui emploie 850 consultants en France et 4000 dans le monde, prévoit d’accueillir sur l’ensemble de 2012 une soixantaine de stagiaires, une cinquantaine de consultants juniors en CDI et une quarantaine de consultants expérimentés (3 à 8 années d’expérience). « C’est un rythme un peu moins soutenu qu’en 2011, où la volatilité était extrême et où nous avions recruté un peu plus de 200 consultants. Mais il est vrai aussi que nous sommes dans une année de plus grande frilosité des marchés », rappelle Franck Baillet.

« Dans la peau d’un consultant »

À l’évidence le groupe de conseil en stratégie entend éviter les ­à-coups dans ses campagnes de recrutements, et préserver par la même occasion son image auprès des jeunes diplômés, qui représentent plus de 70% de ses embauches. « Dans nos métiers les choses vont très vite et il faut être prêt à rebondir », insiste-t-il. Autrement dit, lorsque la conjoncture s’éclaircira, il faudra être capable d’attirer rapidement les consultants pour répondre aux projets de développement.

Pour maintenir le lien avec la communauté étudiante, le groupe a crée il y a quelques année l’opération dite « Un jour et demi ». Un dispositif qui permet à une soixantaine d’étudiants de grandes écoles de gestion et d’ingénieurs de se couler dans la « peau d’un consultant » pendant 36 heures et de plancher par petites équipes sur un projet « réel », confié par une entreprise cliente.

Capgemini Consulting est également partenaire depuis sept ans du Trophée de l’innovation et du développement durable, aux côtés d’AgroParisTech, Centrale Paris, ESCP Europe, Sciences Po ou Supélec. Un événement qui récompense les étudiants les plus créatifs en matière de solutions favorisant le développement durable.

Tout au long de la compétition, les équipes d’étudiants pluri-disciplinaires sont accompagnées dans leurs différents travaux par des consultants de Capgemini Consulting.

Le Figaro
12/06/12