Utiliser twitter en CP : témoignage de Jean-Roch Masson

Cet article, bien que portant sur un public très jeune (cours préparatoire 6-7 ans) mérite qu’on y prête attention quand on raisonne social learning…. pour les plus grands

Quand on pense réseau social, on pense Facebook. Et pourtant, il semble que Twitter soit le réseau le plus utilisé dans le cadre scolaire ? Est-ce bien le cas et pourquoi, à votre avis ?

Je manque de recul pour répondre à cette question mais il semble que oui. Sans doute parce que Facebook correspond davantage à la sphère privée tandis que Twitter relève de la sphère publique. De ce fait, c’est un réseau intéressant pédagogiquement car il permet d’éduquer aux médias et à la publication sur Internet.De plus, si  j’avais mis en place mon projet sur Facebook, je pense que j’aurais eu plus de réticences de la part des parents.

En tout cas, au CP [niveau dans lequel enseigne Jean-Roch Masson], Twitter est l’outil idéal, car il est accessible aux élèves (140 caractères seulement pour un message), réactif, et permet des situations quotidiennes de communication réelle.

Personnellement, qu’est-ce qui vous a amené à vous servir de Twitter ?

J’ai essayé, par curiosité personnelle, en 2007, il y avait alors une grosse communauté anglophone. Dès le départ, je me suis dit que ce système de micro-blogging serait intéressant pour apprendre à écrire. J’en avais assez d’enseigner la lecture par la lecture, je voulais y entrer par l’écriture afin de mieux impliquer les élèves. J’ai créé une page permettant le micro-blogging mais j’ai rapidement abandonné, l’outil n’était pas ouvert comme l’est Twitter ; seules quelques classes pouvaient écrire, les élèves n’avaient pas vraiment de retour sur ce qu’ils écrivaient.

Ensuite, j’ai entendu parler des expériences de Laurence Juin et Amandine Terrier, c’est ce qui m’a donné envie de me lancer, en septembre 2010.

Pourriez-vous détailler concrètement votre organisation pédagogique ?

Dans ma classe, il n’y a pas à proprement parler de « quart d’heure Twitter »,  de moment dédié exclusivement à cette activité. C’est une activité qui se fait tout au long de la journée, au gré des idées des enfants.

Au départ, j’ai tout de même initié le projet ainsi : j’ai créé le rituel du « Tweet du jour ».  Chaque matin, chacun son tour, dans l’ordre de la liste de la classe, un enfant écrit la date, le nom de la fête et donne le bonjour à nos abonnés.

Ensuite,  on choisit quelqu’un qui a une actualité, une information à dire. Les élèves sont répartis en différents groupes (au sein desquels ils travaillent en binômes) : les écrivains, les rédacteurs et les copistes.

Les écrivains rédigent le message en phonétique pure. Je jette un coup d’œil pour vérifier que la phonétique soit correcte puis je corrige l’orthographe. Les rédacteurs vérifient que le message ne contient que 140 caractères grâce à une fiche créée spécialement sur laquelle figure  140 cases. Puis ce binôme se charge de taper le tweet à l’ordinateur, sur un traitement de texte en ligne via google documents. Je revérifie une dernière fois l’orthographe et les copistes se chargent de copier-coller le message sur Twitter .

Les enfants intègrent à tour de rôle dans l’année chaque groupe (écrivain, rédacteur, copiste).

Voilà pour la mise en  place de départ. Ensuite, au gré des échanges avec les abonnés (d’autres classes bien souvent), d’autres projets sont nés comme la  résolution d’énigmes mathématiques ou une partie d’échecs avec  nos correspondants.

Après quelques semaines, nous avons créé une charte d’utilisation : un code Twitter. J’ai amené certaines informations (par exemple, le fait que l’on doive demander l’autorisation aux parents pour publier des photos).

Avec quel matériel informatique avez-vous mis en place ce projet ?
Il est indispensable d’avoir une connexion Internet et un ordinateur au fond de la classe (en l’occurrence, il s’agit du mien !).
Un vidéo-projecteur, c’est très pratique au début pour présenter Twitter, montrer de quoi il s’agit, décrire les codes de communication, mais ce n’est pas indispensable, il suffit alors de s’organiser en atelier.
J’utilise aussi le logiciel tweetdeck, qui permet d’afficher la timeline, le « mur » de messages. Grâce à un TNI reçu en décembre, le fil des messages est affiché en permanence en grand sur le tableau numérique.
Avez-vous rencontré des difficultés pour la mise en place de ce projet ?
Franchement, pas beaucoup. J’avais peur que les enfants aient du mal avec le « jargon » de Twitter (hashtags, retweets, followers, followfriday, etc.) mais ils l’ont maitrisé beaucoup plus vite que ce que je ne l’avais pensé. Les enfants sont vraiment plus rapides que nous !
La maitrise de l’outil informatique n’a pas non plus été du tout un obstacle et j’ai vraiment pu me consacrer à l’éducation aux médias, la nécessité d’être poli sur les réseaux sociaux, par exemple…
J’ai eu peur aussi que le phénomène ne m’échappe. Beaucoup d’enfants ont créé des comptes Twitter personnels. Je ne savais pas trop comment gérer tout ça… après tout, c’est moi qui les avais un peu poussé à ça. Finalement, ça se passe très bien grâce à la charte d’utilisation que nous avons rédigée.
En ce qui concerne les parents, Twitter étant moins connu, il passe mieux dans les esprits que Facebook, qui est assez controversé. Dans les esprits, Facebook est associé aux problèmes de gestion d’identité numérique (par exemple les employés qui ont été licenciés suite à des publications sur Facebook à propos de leur employeur), tandis que l’image de Twitter, davantage liée à l’information, est plus positive. J’ai donc eu assez peu de réactions négatives, finalement.
Un dernier mot ?

Mo-ti-va-tion ! C’est la première fois en 10 ans de CP que je vois des élèves aussi motivés pour écrire ! J’ai le cas d’une élève qui a du mal à apprendre à lire mais qui est vraiment très volontaire en ce qui concerne l’écriture. Elle a envie d’avoir son compte Twitter personnel, c’est vraiment gratifiant…

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